S’il existe bien un style, un mythe Côte d’Azur, les milliers de cartes postales signées Giletta ont largement contribué à les nourrir, les diffuser, les amplifier. Certaines d’entre elles, comme la Jetée-Promenade ou la Réserve, sont même devenues de véritables icônes de la Riviera.
Comment Jean Gilletta (1856-1933), un simple fils de paysans, a-t-il pu créer la principale entreprise photographique du sud-est de la France ?
Comment a-t-il réussi également à rendre incontournable son regard sur les paysages des Alpes-Maritimes et des régions voisines ?
À travers une exposition de 140 photographies exposées à l’occasion du cent cinquantenaire de sa naissance, partons à la découverte du photographe de la Riviera.
Jean Gilletta fut un homme très discret ; il n’a livré aucun témoignage écrit sur son art, mais nous a laissé un énorme héritage photographique qui parle en son nom et nous donne à voir les milliers d’heures passées à sillonner la Riviera et les Alpes maritimes pour en illustrer les plus belles pages.
 Les blanchisseuses, 1891 Collection bibliothèque de Cessole
Jean-Baptiste Gilletta est né à Levens le 7 mai 1856. Il abandonna son deuxième prénom, Baptiste, et enleva un « l » de son patronyme lorsqu’il se mit à son compte pour dénommer ainsi son entreprise : « Giletta éditeur photographe et photographe paysagiste à Nice ».
La mémoire familiale veut que Jean soit venu très jeune à Nice pour y travailler. Il choisit un métier original en devenant l’assistant du photographe Jean-Auguste-Théodore Walburg de Bray.
Avec l’annexion du comté de Nice à la France en 1860 d’une part, grâce à l’arrivée du chemin de fer en 1864 de l’autre, Nice était devenue la capitale des villégiatures hivernales.  La réserve, vers 1900 Collection bibliothèque de Cessole Nombreux furent les photographes et parmi les plus renommés à ouvrir une succursale sur les sites fréquentés par l’aristocratie et la haute bourgeoisie.
Jean Gilletta eut donc la chance d’être formé par Walburg de Bray, non par l’un des multiples portraitistes sur la place de Nice, mais par l’un des rares photographes paysagistes, et de surcroît l’un des meilleurs.
Sans doute lorsque ce dernier cessa d’exercer, Jean Gilletta recueillit le fonds d’atelier de son patron. Il préserva ainsi la mémoire de la Riviera des années 1860-1870 en incorporant les nombreuses images de son maître à son catalogue. Bien des photographies fameuses attribuées en effet à Gilletta, ne peuvent, au vu de leur date de prise de vue, avoir été réalisées que par Walburg de Bray.
Jean Gilletta ne s’est installé seul à son compte qu’en 1889, rue de La Paix, ancien nom de la rue Georges-Clémenceau proche de l’avenue de la Gare (Jean-Médecin), centre névralgique de la cité. L’affaire se développa suffisamment pour que Jean ne suffît bientôt plus à la tâche. Aussi, en 1897 ses deux frères Joseph et François le rejoignirent-ils. Ils créèrent une société en nom collectif enregistrée au Tribunal de commerce de Nice le 3 août 1897 avec la raison sociale « Giletta frères ».
En 1926, âgé de soixante-dix ans Jean Gilletta se retira. Il mourut 4 février 1933.

Le jardin Albert 1er depuis le Casino Municipal, vers 1914
Collection Bibliothèque de Cessole

Le port, vers 1895 Collection bibliothèque de Cessole
Le travail photographique de Jean Gilletta a été effectué pendant une cinquantaine d’années depuis la fin de la décennie 1870 jusqu’aux années 1920. Il exécuta près de huit mille photographies des paysages, villes et villages du Midi, classés et numérotés, sans parler des reportages privés, commandes officielles et autres études artistiques.
Nombre de ces clichés firent le tour du monde grâce à leur diffusion par la carte postale dont la dynastie Gilletta s’était faite le champion régional.

Blanchisseuses à la source Lympia, vers 1880
Collection bibliothèque de Cessole
Les cartes postales Gilletta inondèrent le marché et rendirent populaire un art du point de vue pittoresque et touristique immédiatement reconnaissable : le fameux style Côte d’Azur avec ses panoramas incomparables sur la mer, rythmés par les pins et les aloès, sa superbe Jetée-Promenade couronnée de palmes ou ses fières « bugadières » occupées à laver le linge. Les importants succès commerciaux que rencontra la maison Gilletta eurent pour revers l’occultation de l’activité créatrice de Jean Gilletta trop souvent réduite à l’icône de la Niçoise en capeline cueillant des anthémis face à la baie des Anges.

Place Massena , vers 1925 Collection Bibliothèque de Cessole
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