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Expositions temporaires


Michel COEN
Portrait indien

En 1994, Michel Coen a traversé l’Inde et le Népal , à moto, durant sept mois.

© Michel Coen
« La photographie existe : je l’ai enfin rencontrée. Elle vit par terre sur le trottoir poussiéreux de la Mahatma Gandhi Street ; à Pondichery.
Dimanche matin, Sunday Market, un homme, tel un magicien, opère devant une foule moins surprise que moi : un peu de produit magique sur un bout de papier dans une main, un négatif dans l’autre, quelques élastiques et le miracle s’accomplit au soleil.
Je te confie donc le plus beau cadeau que l’Inde pouvait m’offrir après l’oublie, et pour cinq roupies seulement.
J’ai souvent essayé, dans le froid du laboratoire parisien, d’obtenir une image par quelque procédé ancien. Mes investigations se sont toujours soldées par un éche : le papier minutieusement choisi, les produits – eau, bichromaté, gomme et pigment – précisément dosés et dûment mélangés, le soleil remplacé par des tubes ou lampes à UV : au final, un beau gâchis. La manière dont cet homme, prestidigitateur anachronique exerce ses talents, est des plus étonnantes. Tout d(abord, il « couche » l’émulsion : un coton-tige trempé dans le produit vite agité à la va-vite sur un simple papier bristol à la coupe irrégulière.
Je pense alors au choix rigoureux de mon pinceau plat en soies, aux mouvements croisés et délicats conseillés par je ne sais lequel des nombreux ouvrages édités sur ce sujet.
Là, un négatif accolé sur un petit papier émulsionné, à l’aide d’un bout de carton et de quatre élastiques, suffisent. Les savants calculs des temps de séchage et d’exposition se dissolvent dans le baratin tamoul du camelot-tireur bien rodé. Le résultat, d’une grande précision, apparaît après un simple dépouillement de l’image dans l’eau claire. Les images, en pleine exposition (insolation), traînent un peu partout autour de l’homme, par terre, sur le trottoir, entre les pieds des badauds, appuyées contre un mur ou tout simplement posées devant lui.

© Michel Coen
Inlassablement, sans que la production s’arrête jamais, les images de démonstration, multitude de portraits provenant de ses propres négatifs, s’entassent devant lui en de petites piles irrégulières.
Une simplicité et un dénuement déconcertants : rien, trois fois rien et les photos jaillissent, une femme, là un homme, un peu plus loin ces deux enfants qui eux aussi figés dans le produit magique me sourient inlassablement. Ils me disent clairement qu’ils sont une vérité photographique qui m’échappe. Je ne peux qui que les acheter. J’imagine déjà les copains à Paris : « ART PAUVRE », vont-ils me dire. A paris peut-être,, ici la magie : émanation de trois fois rien, au coin d’un trottoir, Nulle part.
Je me demande pourquoi je t’envoie ces objets si précieux pour moi alors que je ne suis même plus sûr de ton adresse. C’est parce que je t’aime et que j’ai envie de partager. A chaque fois que le vois quelque chose de beau, de nouveau ou tout simplement de différent … je te l’expédie via la poste. J’ai acheté une moto qui m’emmène jusqu’à l’orée du jour, loin de la ville … loin de toi … sans l’Inde. Peut-être traversera-t-elle le pays avec moi, peut-être me ramènera-t-elle vers toi.
»
Michel Coen, correspondance, 1994

Exposition de 36 tirages N&B Fine Art Piezo aux pigments de charbon.

Michel Coen est né à Nice en 1967. Après une formation technique, il a suivi quatre années d’enseignement supérieur dans une section photographique (Université de Paris 8).
Il a été assistant et opérateur de prise de vues pour la Caisse Nationale des Monuments Historiques et des Sites, pour les travaux muséographiques et services culturels du Musée du Louvre (Visuel 14). Auteur de reportages sur l’archéologie post-industrielle, l’urbanisme et l’ethnologie, son travail est qualifié d’ethnologie poétique et de typologie d’architecture par Photographie Magazine ; il a fait l’objet de plusieurs publications : « Les saisons niçoises de Friedrich Nietzsche » (Zéditions), « Cotonou, regard sur une ville » Esprit Libre), « Nice- Architecture des années cinquante » (Forum de l’Urbanisme).
Au fond d’une arrière cour, dans une ancienne usine, il continue son travail après une âpre expérience de Nègre dans l’art contemporain.

© Michel Coen

© Michel Coen


 
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